Les gens adorent réglementer. Il n’y a qu’à consulter les appareils législatifs. Tellement de lois portant sur tout existent, qu’il ne sera bientôt plus possible de rien faire. Nous voilà bien loin de Mai 68, heureux temps où il était devenu «interdit d’interdire». Chacun dispose aujourd’hui de sa liste des produits et actes à prohiber. Elle semble nettement plus longue que celle des commissions de la bonne ménagère. Tenez! Nous revoilà en Angleterre, notre terrain d’élection. Il s’agit cette fois de mettre bon ordre dans la tenue des policiers (et policières) du West Midlands. Il y a apparemment du laisser-aller. Il faut donc tout prévoir, jusqu’au pire. La maréchaussée s’est ainsi vue priée d’arborer «des sous-vêtements discrets». Des fois qu’un hooligan baisserait la culotte des agents et la jupette des agentes, sans doute. Vous savez à quel point ces gens sont violents. Tout devient maintenant affaire d’interprétation. Qu’est-ce, au juste, qu’un «sous-vêtement discret»? Faut-il s’attarder sur la couleur, le noir faisant comme chacun sait bon genre à l’air libre et très mauvais genre sur la peau nue? S’agirait-il de la forme? De la quantité de tissu, et par conséquent du centimétrage de peau laissé visible? Il y a des moments, comme ça, où l’on se perd en conjectures. Notez que les juges adorent ça. La chose sera d’autant plus difficile à déterminer que la colère gronde dans la police des West Midlands. Le nouveau règlement y passe pour tatillon, même si les sous-vêtements prévus doivent certainement empêcher de tâter. «Nous ne sommes pas des scouts.» Là réside tout le problème. Avec les shorts trop larges portés par ces adolescents montés en graine, on peut facilement voir les sous-vêtements. Avec la mode du XXL... Chez les policiers, nous restons au contraire dans le domaine du discret. De l’invisible. Les hommes et les femmes concernés ont en effet rappelé qu’ils travaillaient en bleu marine. On ne peut pas dire que cette non-couleur permette de jouer sur la transparence. Ce n’est vraiment pas le soutien-gorge noir deviné sans peine sous le pullover blanc. Cela dit, les personnes verbalisées, et même les passant(e)s vont maintenant avoir la tentation d’avoir un regard en forme de Rayon X. Porter sur la place publique un débat de fond sur le slip déplace l’attention sur une chose à laquelle personne n’aurait songé. En Grande-Bretagne, il n’y avait jusqu’ici que les hommes en kilts pour faire fantasmer. Qu’ont-ils donc en dessous, si ce n’est leur pudeur naturelle? Eh bien maintenant, quand les gens croiseront leur «bobby» familier en train de faire sa ronde, ils se demanderont: «mais de quelle couleur sont ses caleçons?» Après tout, la question s’impose peut-être pour une police de proximité...
De quelle couleur sont les sous-vêtements de la police anglaise?

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