Ce qu'ils font avant d'entrer en scène pour conjurer le trac | Les Quotidiennes

08/09/2008 14:17
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Ce qu'ils font avant d'entrer en scène pour conjurer le trac

CULTURE | 07:46  Les festivals de l’été démarrent. Comment les artistes se préparent-ils? Quelques trucs dont on pourrait s'inspirer en d'autres occasions, lorsque le trac submerge?




Même les grands artistes ont peur avant d'entrer en scène (Photo AFP)


Anne-Sylvie Sprenger | 07-07-2008 | 07:46

Mais à quoi pensent-ils donc, ces chanteurs, comédien, danseurs ou musiciens avant d’affronter leur public? Le Montreux Jazz a ouvert ses portes ce week-end, le Festival de la Cité également, le Paléo suivra de près. Nous avons voulu savoir à quels trucs les artistes romands ont recours pour dompter leur trac. Une dizaine s’entre eux ont répondu à la question: «Que faites-vous cinq minutes avant d’entrer sur scène?» et mis des mots, émouvants ou drôles, sur ces ultimes minutes d’angoisse et de plaisir, de concentration et de partage.

 

Sarclo - Auteur-compositeur-interprète
«Ça dépend si je veux faire un bon ou mauvais spectacle… Si je veux faire un mauvais spectacle, je parle avec un journaliste. Quand on parle des choses, on les fait souvent moins bien, c’est comme baiser après un film de cul, ça rend pas terrible. En revanche, si je veux faire un bon spectacle, je prends une vieille guitare et je vais jouer du Dylan tout seul dans un co in. »

 

Frédéric Recrosio - Humoriste, il vient de présenter son 2e one-man-show à Onex.
«De la coulisse, j’écoute le public déjà assis dans la salle. S’il est trop réservé, je me dis que je vais mourir; s’il fait trop de bruit, je me dis que je vais mourir. Et le souci, c’est que les rares fois où j’ai pas peur, ben ça m’effraie.»

 

Claude Inga-Barbey - Comédienne.
«Je fume et je bois une dernière rasade de whisky devant le regard atterré de mes camarades et du pompier. Et le jour où les théâtres seront non-fumeurs aussi, et le jour où les assurances interdiront la consommation d’alcool aux comédiens, alors je changerai de métier.»

 


Sibylle Blanc - Comédienne, on peut la voir à la télévision (Fitness Senteur), et l’entendre dans Les Dicodeurs.

«Cinq minutes avant d’entrer en scène, j’essaie de bien respirer, pour calmer mon rythme cardiaque et profiter de l’instant. Je grimace, je fais des «ba-be-bi-bo-bu», je m’étire dans tous les sens comme pour un 400 mètres haies et je baille! Le trac me fait horriblement bailler. Et puis je me parle comme si j’étais «l’autre», de l’état dans lequel il se trouve quand l’histoire commence, de ce qu’il a dans la tête. Je pense à ce que je vais devoir lui prêter de moi pour être lui. Une énergie, un état d’esprit. Parfois, je pousse un gros soupir mêlé à un rire hystérico-désespéré en me demandant ce qui a bien pu me prendre de me fourrer dans un pétrin pareil. Je me mets à l’orée de l’entrée de scène, je regarde mes partenaires, on se donne courage, la lumière baisse sur le plateau, un dernier «merde» et on y va.»

 

 

Benjamin Cuche - Humoriste, complice de Jean-Luc Barbezat
«On s’assure que tout est bien en place, que nos accessoires sont prêt à être utilisés, que Barbezat s’est réveillé de sa sieste, que les micros sont branchés; Cuche fait quelques étirements en guise d’échauffement, on se remémore pour quel spectacle on est là, (pas qu’on fasse un numéro de cirque ou un des autres spectacles en duo), et on se dit que l’on fait, ma foi, un bien joli métier. On se pince un peu les fesses, à trois dans notre cabane de jardins avec Alain Roche le musicien, et c’est parti!»

 


Nicolas Rossier - Comédien.

«Cinq minutes avant d’entrer en scène, je suis plutôt du genre insupportable en cherchant à dissiper mes camarades qui se concentrent, surtout ceux qui le font de manière très sérieuse. Je pense néanmoins que cela doit être une forme très pervertie de trac.»

 


Aïcha El Fishawy - Danseuse, elle a collaboré avec Noemi Lapzeson

«Je remets dix fois mon pantalon en place pour être sûr qu’il soit bien mis, et j’attends sans bouger. Je me concentre en essayant de me vider la tête complètement.»

 

Brigitte Rosset - Comédienne, elle travaille souvent avec Philippe Cohen et la Compagnie Confiture.
Avant d’entrer en scène, j’essaye de ne rien faire… mais rien du tout, juste me détendre et faire le vide, mais c’est vraiment difficile. Si j’y arrive, je suis fière de moi, c’est un instant privilégié. Mais la plupart du temps, c’est justement le moment où un milliard de choses passent à travers mon esprit. Genre: «Demain c’est la course d’école du grand, faut encore un pique-nique, mais où je vais acheter un pique-nique ce soir?» «Ah! ne pas oublier de dire à la crèche demain de mettre de la crème sur les boutons de Charlotte. » «Elle est chou, Clémentine, c’est fou ce qu’elle change ces derniers temps» ou encore «je me demande qui est dans la salle…» «Est-ce que j’ai oublié quelque chose?» Les 5 dernières minutes restent toujours magiques, et si différentes d’un soir à l’autre.

 

Serge Martin - Comédien, fondateur de l’école de théâtre à Genève portant son nom.
«Eh bien pendant les 5 dernières minutes, après un travail de préparation, je me détends comme je peux, j’essaie d’oublier le spectacle. Mais suivant avec qui je suis, ça peut déconner ou se concentrer. L’humour de certains favorise le mien, cela me permet de prendre la distance nécessaire. Le sérieux d’autres peut me concentrer, me mobiliser, non plus sur ce qui va se passer, les mots et le reste, mais dans le seul fait d’être présent dans l’espace de jeu. Si une personne a vraiment le trac (physiquement éprouvé et visible), être avec elle et l’aider me permet aussi de passer ces 5 dernières minutes sans problème.»


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