
L’actrice ratée. Dernière image. Ultime transformation. Avec elle, la designer, costumière et styliste genevoise Solo-Mâtine boucle la boucle et accroche la dernière image à l’exposition photo que lui consacre actuellement la Comédie de Genève. Cette métamorphose en live pour cette soirée du 8 mars met un terme à une série de douze portraits de femmes et autant de transformations que cette artiste iconoclaste, d’origine russe a initiés voici une année.
Au moment de la pose
«Tout a débuté au marché aux puces», se plaît à rappeler Solo-Mâtine. La jeune femme y chine des portraits souvent noir-blanc datés des années 30, 40, 50. «A ce moment-là, les photos sont plus rares. Les femmes qui se font «portraiturer» investissent davantage leur personnalité profonde, leur caractère au moment de la pose»
Solo-Mâtine ne se contente pas de collectionner. Elle scrute, épie ce qui se dégage de ces inconnues au moment même où se déclenche le flash. Au fond, l’identité, n’est-elle pas affaire de projection? Lèvres, front, coiffure, attitudes… «Très vite est apparue une galerie de portraits, de caractères. Je me suis alors amusé à leur donner un nom»
"Maline amante"
Margot, la «dominatrice castratrice», Eva, la «sainte vierge», et bien sûr Valentine «paysanne de sortie», Sans oublier Lili Galati la «comptable débutante» ou Betty «Maline Amante»… A chaque fois le procédé est le même: la designer se fond sur l’image et l’identité du portrait noir-blanc. Avec l’aide d’une coiffeuse, d’une maquilleuse, Solo-Mâtine change de peau et se transforme elle-même, au rythme d’un portrait par mois. Retravaillé, il apparaît ainsi, juxtaposé à l’original.

Margot, la dominatrice castratrice
«Restait encore à confronter ces types de femmes au regard des autres, à faire entrer la séduction dans ce jeu». Solo-Mâtine trouve le subterfuge efficace. Elle diffuse les images sur des sites de rencontre, seuls à même de fonctionner comme un miroir. Puis récolte, les avis, les chats de façon anonyme et compose ainsi onze journaux intimes.
"La femme que j'aurais pu être"
«Il s’agit d’une véritable immersion imaginaire qui pousse l’artiste à aller à la rencontre de sa propre créature de fiction», souligne Anne Bisang. La directrice de la Comédie, qui connaît bien le travail de Solo-Mâtine pour lui avoir confié la réalisation des habits des «ouvreurs de l’institution des Philosophes et surtout la création des costumes pour sa dernière mise en scène «Barbelo», repère immédiatement la théâtralité de la démarche. Elle l’invite donc, elle et ses 12 femmes imaginaires pour une exposition intitulée «la Femme que j’aurais pu être».
Douze mois, douze femmes. Un calendrier, une image kaléidoscopique. L’expérience des transformations successives aura permis à Solo-Mâtine de dessiner les contours de ces personnes qu’elle aurait pu être. «En tant que fille de diplomate, j’ai eu l’occasion de beaucoup voyager. Si je m’étais arrêté à l’une ou l’autre de ces étapes de ma vie, peut-être aurais-je été différente? Peut-être serai-je un type de femme différente?»
Codage monstrueux auquel on est soumis
La styliste interroge sans nostalgie. L’expérience lui aura surtout permis de vérifier une fois de plus le codage monstrueux auquel on est soumis. «Les réactions que j’ai recueillies via les sites de rencontres correspondent de façon troublante aux caractères que j’ai inventés à partir du décryptage de ces photos d’inconnues. Tout est dans le regard, le détail, la forme des lèvres…» La puissance du look et des apparences… A vivre en direct à la Comédie.
NOTE:
«La Femme que j’aurais pu être» de Solo-Mâtine à la Comédie de Genève jusqu’au 12 mars.
Performance le 8 mars dès 19 h.
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