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Des lettres pour aimer la vie

Culture | 16:23  Dès le 3 décembre à Kléber-Méleau, dans Rosa, la vie, Anouk Grinberg lit des lettres de la révolutionnaire pacifiste allemande Rosa Luxemburg. Rencontre.



Anouk Grinberg, par Sarah Moon.
Anouk Grinberg, par Sarah Moon.


Michel Caspary, Paris | 01-12-2009 | 16:23

nouk Grinberg ne fait pas les choses à moitié. Quand elle s’engage, c’est avec sincérité et détermination. Au théâtre, au cinéma, et même en interview. Ce jour-là, dans un café parisien, au lendemain d’une représentation de Rosa, la vie, elle prend le temps de choisir ses mots, d’être au plus près de ce qui la guide dans le monde, celui des autres et le sien : «J’aime le calme, la solitude. Etre actrice va toujours bien avec ça.»

 

Premier film à 13 ans

Anouk Grinberg a 13 ans quand elle a tourné son premier film puis incarné son premier personnage au théâtre. Ce n’est pas une enfant de la balle pour autant. Le hasard tient un rôle fondamental. «Des amis de mon père m’ont vue m’amuser avec mes poupées ou ma dinette. Ils se sont dit que je devais jouer dans des histoires.» Ces amis avaient du flair et des relations. L’adolescente se retrouve sur un tournage, puis sur un plateau de théâtre. « J’y étais à l’aise, pas comme une actrice, mais plutôt comme une biquette dans les alpages. Très tôt, je me suis dit : c’est drôle, on triche en faisant ça, mais moins que dans la vie. C’est faux, mais moins que dans la vie. Cela me plaisait.»

 

 

Ses dons ne passent pas inaperçus. Elle enchaîne les rôles comme des perles à un collier. Son parcours passe par la Belgique, où elle est née en 1963, par l’Italie, par la région d’Annecy, par Paris, mais aussi par la Suisse et le Théâtre Kléber-Méleau, à Renens. C’est là que la chanteuse grecque Angélique Ionatos est venue présenter son spectacle Eros y muerte, dont Anouk Grinberg a signé la mise en scène. C’est là que cette dernière revient dès le 3 décembre avec sa propre lecture, Rosa, la vie, inspirée des lettres écrites en prison, pour la plupart entre 1915 et 1917, par la révolutionnaire pacifiste allemande Rosa Luxemburg.

 

«J’ai lu ces lettres pour moi, pendant des années, sans penser en faire un spectacle, raconte la comédienne.  J’avais l’impression d’être tombé sur quelque chose de sacré, mais de sacré pour athée. Et puis j’ai réalisé que ces textes n’étaient absolument pas connus du grand public. C’est comme si on ne disait pas où était l’eau alors que les gens ont soif!»

 

«Pour Rosa Luxemburg, poursuit Anouk Grinberg, la question n’était pas de faire une œuvre (ce sont des lettres à ses amis, qui n'étaient pas destinées à être publiées). Mais sa façon de prendre les choses fait œuvre de vie.  Il y a là-dedans quelque chose d’infiniment mystérieux. Avec elle, on s’approche du bien. On sait que l’adversité, du moins chez les âmes puissantes, peut renforcer une sorte d’ensoleillement intérieur. Chez Rosa, c’est évident. Et tragique, parce qu’elle a été assassinée.»

 

"Rosa avait le goût à l’écriture, aux autres, à l’engagement"
«Les gens qui ont une très grande connaissance d’eux-mêmes, c’est une merveille, conclut la comédienne. Et de même ceux qui sont sincèrement réquisitionnés par le monde et qui s’emploient à le rendre meilleur pour tous les autres. Ceux qui font les deux à la fois, c’est simplement bouleversant. Rosa avait le goût à l’écriture, aux autres, à l’engagement, mais pas au pouvoir. Sa culture était ébouriffante. Un savoir empathique et rigoureux. Sa vision du monde, sa morale, son amitié, sa joie, étaient constamment porté par un amour de la vie.»

 

 

Bio-express :

 

1963 : naissance à Uccle (Belgique)
1976 : premier film, Mon cœur est rouge, de Michèle Rosier, et premier spectacle, Remagen, d’Anna Seguers, mise en scène de Jacques Lassalle.
1985 : L’Ecole de femmes, de Molière, mise en scène de Bernard Sobel
1987 : La Vallée fantôme, d’Alain Tanner
1990 : La maman et la putain, de Jean Eustache, mise en scène de Jean-Louis Martinelli.
1991 : Le temps et la chambre, de Botho Strauss, mise en scène de Patrice Chéreau (Prix de la critique, nomination aux Molières)
1991 : Merci la vie, de Bertrand Blier, avec qui elle tourne aussi Un, deux, trois, soleil, en 1993, et Mon homme, en 1996
2001 : Feydeau terminus, de Feydeau, mise en scène de Didier Bezace.
2006 : création de la première version de Rosa, la vie, au Théâtre de l’Atelier, à Paris.
2010 : Les Fausses confidences, de Marivaux, mise en scène de Didier Bezace, au Théâtre de la Commune, à Paris.

 

Critique

Sur scène, Anouk Grinberg voyage seule avec Rosa Luxemburg
Critique En apparence, tout semble habituel pour une lecture sur scène. Une table, une chaise, un verre d’eau. Détail féminin supplémentaire : un petit bouquet de fleurs. Anouk Grinberg sort des coulisses, menue, gracieuse, déjà habitée par le texte. La voilà assise, fixant le public, lui donnant en prologue quelques clés historiques pour comprendre ces lettres, envoyées par Rosa Luxemburg depuis sa prison à ses amis. Des lettres comme autant de voyages, parfois intérieurs.  « Je ne voulais ni faire une lecture plate, à distance, ni faire du spectacle », dit-elle. Trouver un juste milieu, simple, vivant, mais sobre. A l’image de Rosa Luxemburg, qui n’avait rien d’ostentatoire dans sa manière d’être et de faire. La richesse et la force des mots suffisent donc. Ou presque. Au fil des pages, des joies et des épreuves, Anouk Grinberg s’enflamme ou se replie, tout en finesse et intuition, à tour de rôle narratrice, Rosa ou les destinataires. Pas d’incarnation au sens strict. Ce sont les émotions qui prennent chair, ce désir d’humanité, de justice, de paix.  Des émotions universelles pour dire merci la vie. Malgré tout.


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