Christine Angot, midinette et samouraï, grand écrivain populaire | Les Quotidiennes

06/01/2009 07:03
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Christine Angot, midinette et samouraï, grand écrivain populaire

LITTERATURE | 06:04  "Le Marché des amants" est à la fois un roman d'amour et une enquête sur ce que veut dit aujourd'hui une mésalliance. Doc Gynéco, son amoureux, en sort grandi. Angot, se place dans la lignée des grands écrivains populaires.




"Le Marché des Amants" de Christine Angot deviendra-t-il un best-seller? (AFP)


MARIE-CLAUDE MARTIN | 08-09-2008 | 06:04

Il y a un malentendu Angot. On l’a croit intellectuelle, jalouse de son statut, c’est l’inverse: une déclassée permanente, tout à la fois midinette et samouraï. Dans Le Marché des amants, qui raconte son histoire
d’amour avec Bruno Beausire, alias Doc Gynéco, cette combinaison est particulièrement explosive et touchante

 

Une amoureuse fleur bleue
La narratrice (on est dans un roman et non pas dans un témoignage) est, malgré sa quarantaine, une jeune amoureuse. Elle aime danser le slow, consulte une voyante, adore se promener avec son amant dans les rues de Paris, se fout de la politique s’il s’agit de ne pas froisser son homme. La narratrice ne veut pas plus maligne que l'amour qui est perte de soi, apprentissage de l'abandon, désarmement. 

 

Angot, que l’on dit si nombriliste, s’oublie au profit de Bruno, à qui elle confère une densité remarquable. Pourtant, elle ne l’interprète jamais, ne commente pas ses actions, n’en fait pas d’avantage l’analyse à posteriori; elle est au cœur de l’action, dans une sorte de «live» de l’amour. Ce sont les dialogues, serrés et précis, qui fondent l'échange amoureux et définissent les deux personnages.

 

Déjouer la prédiction
En revanche, Angot se montre intraitable quand elle relève combien le langage de la connivence, cette alliance entre gens du même bord, peut receler de racisme, de mépris et de cynisme. C’est son côté samouraï, son code de l'honneur qui la pousse à révéler au grand jour les petits arrangements dont tout le monde s'accorde pour préserver ses aveuglements si confortables. 

 

Car comme son titre l’indique, Le Marché des amants est aussi une enquête sur les valeurs qui se négocient, souvent de manière tacite, dans une histoire d’amour: beauté, prestige, argent, statut social. Tout se monnaie. Bruno et la narratrice, qui vivent une passion gémellaire mais socialement inacceptable, passent leur temps à tenter de déjouer la prédiction de leur échec annoncé.

 

Hâte de connaître la suite
Le marché des amants est le plus abouti des romans d’Angot. Elle s’est débarrassée des adjectifs, ces mots qui qualifient ou disqualifient, débarrassée aussi des descriptions et des commentaires off, pour se concentrer sur les dialogues, le rythme et la scansion. L'intrigue n'avance que par l'action. Comme dans un polar ou un grand roman d’aventures, on a hâte de connaître la suite.

 

En fait, Christine Angot est un grand écrivain populaire, c’est là peut-être son plus grand scandale, la méprise qui lui vaut tant d’incompréhension ou d’antipathie.

 

Faut-il le préciser, Le Marché des amants est un roman généreux, très généreux.

 

"Le Marché des amants", de Christine Angot, Edition du Seuil


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