Conte des mille et une ....casquettes
CHRONIQUE | 15:02 Etre sage-femme, c'est tenir plusieurs rôles à la fois. Et parfois commettre des gaffes parce qu'on ne peut pas être douée pour tout. Explications.
Lila Sonderman | 03-09-2008 | 15:02
Etre sage-femme c’est porter une pile de casquettes, plus ou moins bien
ajustées.
D'abord, l’Ecole de sages-femmes fait de nous de bonnes soignantes hospitalières, sachant piquer, sonder, lavementer, accoucher... Première casquette, et certes la plus importante. Et puis, très rapidement, la réalité de la pratique à domicile élargit notre champ d’action et nous propulse sur des scènes inconnues, nous distribuant tour à tour les rôles les plus variés: psychologue, sexologue, confidente, mère, conseillère conjugale, assistante sociale, éducatrice et que sais-je encore, rôles s’avérant être tout sauf de la figuration et que nous n’avons, bien sûr, jamais répétés au jour du diplôme!
Comment?
C’est simple, à notre arrivée à domicile, le salon se transforme très vite en confessionnal, toutes les constellations obstétricales et familiales possibles
et imaginables nous sont livrées sur un plateau d’argent et pour y répondre il faut parfois se lancer dans l’improvisation.
Certaines
situations confrontées à l’inexpérience de mes débuts m’ont d’ailleurs valu quelques mémorables gaffes à la suite desquelles je me souviens m’être promise de changer de trottoir si jamais je recroisais mes victimes. Par exemple d’avoir déclaré, en regardant les deux parents :
-
Vraiment le bébé ressemble beaucoup à son père, les chiens ne font décidément pas des chats !
Et
d’entendre mes oreilles bourdonner en même temps que la réponse :
-Ah?
Mon mari est au travail, lui c’est le mari de ma sœur qui est venu m’installer la table à langer.
Une autre fois...
-
Comment s’appelle le bébé? je m'enquière
-
Elliot, répond la maman
-
Ah ! C’est le nom du chien de ma fille ! dis-je sans réfléchir.
Ou encore d’avoir pris la sœur aînée de vingt ans pour l’accouchée et la vraie maman pour …
-Bonjour, vous êtes la grand-mère?
Quand deux ans plus tard, cette même famille me demandait expressément pour leur dernier-né, j’en ai conclu que
l’empathie prévalait sur la psychologie et que c’était tant mieux. Indéniablement, en matière de soins, les deux choses sont indispensables mais comme seule la
deuxième s’étudie sur les bancs d’école, mieux vaut parfois s’empêtrer un peu dans l’empathie que de psychanalyser le baby-blues d’une accouchée pleurant sur son canapé sans pouvoir la consoler. La psychologie, comme pour tout, ça vient avec l’expérience.
Notre profession est insubmersible, on aura toujours besoin de sages-femmes et elles n’ont pas besoin d’être parfaites pour bien l’exercer. Après tout, le Titanic a été construit par des professionnels et l’arche de Noé par des amateurs...
Je vous laisse, ma pyramide de casquettes menace
de dégringoler...
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