Certes, Monsieur Blocher avait et a très vraisemblablement soif de revanche, tant à l’encontre de Monsieur Hildenbrand, défenseur de la loi « to big to fail » et homme qui a volé au secours de l’Europe en accordant une garantie de crédit de 15,5 milliards de francs au FMI lors de la crise de la dette européenne, qu’à l’encontre de Mme Eveline Widmer-Schlumpf, pour les raisons que l’on sait.
Il est néanmoins à mon avis faux et simpliste de limiter le dossier Hildenbrand à la dénonciation d’un complot de l’UDC en collaboration avec les médias proches de cette formation politique, la Weltwoche et la Basler Zeitung. Il est tout aussi faux d’ériger Monsieur Hildenbrand en victime expiatoire de la vengeance de l’homme fort de l’UDC pour le motif qu’il était un homme-clef pour la politique financière suisse en raison de ses réseaux internationaux et en sa qualité de vice-président du Conseil de stabilité financière et par là-même proche du G20.
Les qualités professionnelles de Monsieur Hildenbrand sont exceptionnelles et indéniables. Il est patent qu’il a sauvé des milliers d’emplois pour l’industrie suisse d’exportation en luttant contre le franc fort.
Il n’en demeure pas moins qu’il a manqué d’éthique, ou, pour utiliser ses propres termes, a commis une « faute morale » en n’annulant pas, voire en avalisant, l’ordre donné par son épouse d’intervenir sur le marché des changes en achetant des dollars pour 400'000 francs suisses réalisant ainsi un gain de 60'000 francs. Il a manqué d’éthique en ne comprenant pas que la course au profit, que cela soit du seul fait de son épouse ou non, égratignerait, voire ferait voler en éclat, sa stature d’homme intègre et indépendant, tant des partis politiques que du système capitaliste.
Tous les partis, à l’exception de l’UDC, ont dans un premier temps défendu Monsieur Hildebrand et, parallèlement, condamné la violation du secret bancaire. Une fois sa démission donnée, certains ont exigé, avec véhémence, la création d’une commission d’enquête parlementaire, d’autres ont même fait volte-face en prônant la mise en place de directives strictes applicables au directoire de la BNS.
L’UDC a eu gain de cause, à double titre : Monsieur Blocher a, d’une part, obtenu ce qu’il voulait, le départ de Monsieur Hildenbrand et, d’autre part, a fragilisé la crédibilité politique de l’ensemble du Conseil fédéral. Ce qui importe pourtant, ce n’est pas de déterminer qui a gagné et qui a perdu sur le plan politique, ce n’est pas l’existence ou non d’un complot, mais c’est le résultat de cette affaire, à savoir : l’ouverture de débats au sein de la coupole fédérale sur la nécessité d’instaurer un meilleur contrôle des détenteurs du pouvoir, mais aussi, je l’espère, la tenue de discussions sur le thème de l’inviolabilité du secret bancaire.
En l’espèce, pour ma part, l’informateur informaticien a certes violé le secret bancaire, il a certes commis une faute sanctionnable pénalement, mais à la différence de Monsieur Hildenbrand, il n’a commis aucune faute morale car il a agi éthiquement en dénonçant les agissements de ce dernier, ce non à des fins personnelles, mais dans le respect de l’intérêt public, dans le respect de la transparence afin de maintenir la confiance des citoyennes et des citoyens envers leurs dirigeants et envers les autres détenteurs du pouvoir.
Valérie Garbani / 16 janvier 2012
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