Le plus dur, ce n’est pas de les faire !

Et bien voilà que le parlement fédéral souhaite que la Confédération materne les parents et que cela soit inscrit dans une loi fédérale, celle de la formation continue ! Les deux chambres ont en effet accepté de donner suite à la motion Andy Tschümperlin (PS / Schwytz, marié, 4 enfants) qui déclare, en substance : « comme les parents sont constamment surmenés en ce qui concerne l’éducation des enfants, il faut qu’ils acquièrent des connaissances et des aptitudes éducatives ». Pincez-moi !

Il est vrai qu’il m’est arrivé de penser, en côtoyant des enfants mal élevés accompagnés de parents très laxistes, ce toutes classes sociales confondues, que le plus dur ce n’était décidemment pas de les faire ces enfants, mais de les élever et de les éduquer. Dans ces moments-là, l’idée m’a traversé l’esprit qu’instaurer un brevet de parent pourrait être une bonne chose, mais tout cela bien sûr de manière ironique et au 3ème degré.

Ni bigote ni cordon-bleu

Evidemment, je ne suis pas de celles et ceux qui pensent que les défauts éducatifs des enfants sont dus au fait qu’aucun de leur parent n’ait fait le choix d’être mère ou père au foyer. Je ne suis bien sûr pas une adepte du principe des 3 K (Kirche, Küche, Kindern, en d’autres termes église, cuisine, enfants) qui consiste à estimer que le rôle de la femme, aujourd’hui encore, est d’être une bigote, d’être un cordon-bleu et d’être le réconfort et le soutien de son mari et de ses enfants, en bref de rester à la maison pour faire la cuisine et le ménage dans l’attente du retour de son pygmalion et de sa noble progéniture. Je partage le même point de vue s’agissant des hommes. Je ne suis également pas du tout d’avis que le rôle de parent doit signifier abandonner tout ou partie de sa vie sociale et professionnelle, au contraire, je plaide pour que tout soit mis en œuvre pour concilier parentalité et intégration dans la société. Des efforts ont été fait en ce sens (crèches, structures d’accueil parascolaires) bien qu’ils demeurent insuffisants, certes.

J’estime cependant aussi que lorsqu’on a décidé de devenir parent, sauf à de très rares exceptions près à tout le moins s’agissant des mères, c’est un choix que l’on doit assumer et c’est des responsabilités que l’on doit savoir gérer. Pour ce faire, il faut y penser avant et non après et ce n’est qu’une fois que l’on est convaincu qu’on en sera capable, qu’il faudrait se lancer. Aurais-je assez d’autorité, saurais-je mettre de côté mon égocentrisme, serais-je prête à faire des sacrifices financiers, saurais-je accepter qu’il préfère la harpe à la guitare électrique, saurais-je accepter qu’il ressemble énormément à sa grande tante, serais-je prête à l’assister quotidiennement dans ses devoirs scolaires ou, si je n’en ai pas les capacités intellectuelles ou le bagage scolaire nécessaire, serais-je prête à renoncer à mon abonnement de fitness ( !) pour lui payer des cours de soutien, …?

Ce n’est donc de mon point de vue pas à la société de combler les carences éducatives des parents, d’autant que cette tendance existe et qu’il ne faut donc surtout pas la renforcer. Il n’est en effet pas rare que certains parents se reposent, notamment, sur les institutrices et instituteurs, pour non seulement faire en sorte que leurs enfants aient la tête bien faite et instruite, voire cultivée, mais en plus qu’ils sachent se comporter en société, à savoir que des tiers veillent à leur éducation.

Je veux bien leur donner des cours

Excepté pour certaines familles (migrants, adultes ne disposant pas d’une formation ou d’une maigre formation) qui doivent bien sûr être appuyées par le biais de structures spécifiques gratuites (soutien scolaire, par exemple), je suis d’avis qu’il n’est absolument pas nécessaire de dispenser, partiellement aux frais des contribuables, des cours de formation continue pour apprendre à être parents. Quant aux parents d’enfants difficiles, en particulier lors de l’adolescence, qui bravent l’autorité, voire qui font preuve de violence, aujourd’hui déjà des infrastructures existent dans lesquelles collaborent de véritables professionnels compétents. Faisons-leur confiance plutôt que de faire des parents, par le biais d’une « formation » des éducateurs de seconde zone.

Si la motion Andy Tschümperlin devait finalement se concrétiser, alors moi je veux bien leur donner des cours aux parents. Je leur apprendrais à dire à leurs enfants, avec une douce autorité : range ta chambre ; fais tes devoirs ; arrête d’envoyer des sms ou je te confisque ton mobile ; plus de jeux video ni de sorties avec tes copains pendant un mois si tes prochaines notes d’allemand et de maths sont au-dessous de 5 ; mets les mains sur la table ; mouche-toi, arrête de jurer ; pendant les vacances, c’est lever tous les matins à 7h00 pour faire de l’anglais ; arrête d’embêter ta sœur ; remonte tes pantalons on voit ton slip, même si c’est fait exprès, chez moi cela n’est pas considéré comme étant élégant ; dis bonjour à la dame ; n’oublie-pas d’envoyer une carte pour l’anniversaire de ta marraine ; lis les livres que j’ai empruntés pour toi à la bibliothèque municipale ; …. Finalement, la motion Tschümperlin, c’est peut-être une idée sympa si c’est dans ce sens-là qu’elle est mise en oeuvre!


Valérie Garbani / 9 février 2012

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