Cachée derrière les jambes de son père, elle me regarde avec ses yeux noirs et humides. Elle refuse de me parler. De me dire son prénom. Motus et bouche cousue.
Je m’éloigne, m’assois sur le grand banc en bois, sous le manguier. Je l’aperçois soudain à l’autre extrémité. Elle m’espionne. M’imite. Croise, décroise les jambes. Enlève ses sandalettes. Joue des chevilles. Elle essaie de faire une tresse avec ses cheveux noirs qu’elle rassemble sur le côté, comme moi. Je me racle la gorge, elle aussi. Et vice versa. Tout plein de fois, avec tout plein de rires. Jusqu’à l’arrivée du taxi.
Je me lève, m’installe à la place du passager. La petite reste sur le banc mais elle agite sa main en signe d’au revoir. Je descends la vitre, j’enlève mon chapeau et la salue.
Elle sourit en agitant encore sa petite main…
L’essentiel n’est pas dans ce qui se dit mais dans ce qui se partage.
Mélanie Richoz, Le Blog
La petite

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