Et voilà que l’ère des justiciers est arrivée ! La Suisse, pays fier de ses institutions démocratiques, paraissait jusqu’il y a peu, épargnée par cette dérive qui consiste à faire de Robin des Bois la nouvelle référence en matière de justice.
Les péripéties qui ont conduit à la démission du Président du directoire de la Banque nationale suisse peuvent être analysées sous bien des angles. Tout a été dit, ou presque, sur la faute morale reconnue et assumée par Philipp Hildebrand et qui le conduit à abandonner des fonctions pour lesquelles il était manifestement très adéquat et dans lesquelles il a servi, et bien servi le pays. Ce départ était devenu inévitable.
Mais nous sommes encore loin du compte pour ce qui touche les événements qui ont présidé à son départ précipité.
Que trouve-t-on à l’origine des événements ? Une série de justiciers qui se sentent habilités, qui à violer le secret bancaire (délit pénal), qui à s’en faire complice, qui à mentir sciemment au gré des événements pour passer allègrement de l’homme qui ne sait rien des événements à celui qui veut en être l’ultime ordonnateur.
Ainsi, un informaticien assis devant son écran a-t-il décidé que ce qu’il apprenait incidemment au sujet du compte d’un client de la banque qui l’occupait était digne d’être rapporté à l’extérieur au nom de l’idée qu’il se faisait de la justice. Ceux qui s’en félicitent aujourd’hui feraient bien de se souvenir que cette propension à décider ce qui est juste ou non, au mépris du droit et des procédures prévues, menace la vie privée de chaque citoyen. N’importe quel employé de banque qui prend connaissance des transactions d’une personne de sa connaissance est-il désormais habilité à communiquer des informations à des tiers s’il le juge nécessaire ?
Quant aux politiciens, connus et moins connus, impliqués dans la même affaire, ils appartiennent à un parti qui jusqu’ici prétendait défendre le secret bancaire et la sphère privée. On sait désormais ce qu’il faut penser de cette position. Elle n’est valable que lorsqu’elle sert ledit parti. Libre à lui de faire le contraire si son intérêt le commande.
Il faudra du recul pour juger des dégâts produits par les événements de ces dernières semaines. Mais on sait aujourd'hui déjà ce que la Suisse a perdu ou est en train de perdre : un homme de valeur à la tête de la BNS, un siège important au forum international de stabilité financière, de la crédibilité dans la défense du secret bancaire dans les négociations internationales. Quel bilan pour le plus grand parti de Suisse qui prétend défendre la souveraineté de la Suisse !
Martine Brunschwig Graf



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