Le sujet chaud du moment, c’est le grand froid. Un froid qui nous mord le visage le temps de traverser la rue, alors imaginez seulement celles et ceux qui doivent y rester. C’est notamment le cas des requérant-e-s d’asile «NEM », (mal) logés en abris PC, qui enterré-e-s la nuit sont à la rue le jour.
D’autres, pendant ce temps, attendent que leur demande d’asile, comme figée dans la glace, soit traitée par un Office fédéral des migrations (ODM) dont les réorganisations multiples s’avèrent, à froid, peu convaincantes. Les demandes d’asile en suspens ont ainsi augmenté de 50% en un an. Et il faut en moyenne 1’411 jours (soit près de 4 ans, faites le calcul !) pour finir par rejeter la demande dans 90% des cas. Parmi les arrivants l’an dernier, des milliers de Tunisiens, contraints d’attendre la fin de la procédure avant de pouvoir toucher une aide au retour. Ça ne vous fait ni chaud ni froid ?
Dans une autre mesure, le personnel de l’ODM est lui aussi victime de la réorganisation de l’office menée en son temps par Eveline Widmer-Schlumpf. L’enthousiasme des employé-e-s y est, depuis lors, refroidi : car comment rester motivé-e sous une pression constante, avec trop peu de personnel et des structures grippées ? Simonetta Sommaruga vient heureusement d’annoncer une marche arrière partielle dans l’organisation. De quoi réchauffer un peu l’ardeur des collaboratrices et collaborateurs.
Toujours glacial, en revanche, l’« accueil » réservé à celles et ceux qui cherchent asile en Suisse bien souvent sans le trouver. Nombre de cantons et communes s’opposent, criant « pas dans ma cour ! », aux nouveaux centres d’hébergement prévus. Comme le rappelle François Modoux dans Le Temps du 4 février, les Tunisiens sont spécialement montrés du doigt. A Davos, Didier Burkhalter a donc approché son homologue tunisien, en quête de coopération. Son intervention a, comme qui dirait, jeté un froid : son interlocuteur lui a rappelé que la Tunisie avait accueilli 1,3 million de réfugié-e-s venant de Lybie, souvent chez l’habitant, au début 2011. En Suisse, la même année, plus de 1'500 Tunisiens ont reçu une décision de non-entrée en matière.
La politique suisse d’asile doit devenir non seulement plus efficace, mais elle doit aussi s’adoucir. Un peu à l’image du climat, là-bas, en terres arabes, où on dit que c’est le printemps.
Maria Roth-Bernasconi, conseillère nationale, secrétaire générale de l’Association du personnel de la Confédération (APC)



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