Comment l’écrire en deux mots ? A l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), je suis désormais présidente de la toute nouvelle Commission des questions sociales, de la santé et du développement durable. L’appellation est un peu lourde, comme l’est le mandat de ce mammouth, né de la fusion de trois commissions. Mais la tâche s’annonce passionnante : c’est que les maux dont nous traitons sont connectés les uns aux autres.
Démo avec l’exemple de la crise financière et économique. Cette gabegie mondiale met sous pression les retraites et autres prestations sociales. Les personnes précarisées rencontrent des difficultés dans l’accès aux soins de santé. En même temps, la diversification de l’énergie et le développement des renouvelables sont de belles opportunités de relancer l’économie. Parmi les mots clés de l’APCE, les droits humains : c’est à travers leur prisme, et avec une attention particulière aux groupes les plus vulnérables de la société, que la commission se donne le mot d’ordre de travailler sur ces thèmes.
Tout autre est le prisme adopté par Avenir Suisse, dont le regard lui aussi global se veut, en quelques mots, « défenseur de l’économie de marché ». Les mots dont s’est baptisé ce laboratoire d’idées fondé par les plus grandes multinationales du pays m’arracheraient presque un gros mot. De quel droit s’approprie-t-il donc mon futur, mon identité ? L’avenir, pour moi, ne réside pas dans la liberté maximale accordée aux forces du marché (on a vu et on voit ce que cette brillante idée donne, cf. paragraphe précédent). Et la Suisse, pour moi, ce n’est pas un pays où l’Etat n’exerce qu’un rôle secondaire – bien que soudain précieux quand les too big se fêlent… – .
Sans vouloir jouer sur les mots (quoique), la Suisse se prépare un meilleur avenir en chaussant les lunettes du Conseil de l’Europe et en cessant de renier sa « classe politique ». Deux mots qui sentent le mépris des institutions, lequel expliquerait, paraît-il, la perte d’attrait du métier de conseiller ou conseillère d’Etat (lire Le Temps du 2 février).
Bien sûr, le nom des commissions politiques est moins « vendeur » – et pour cause – que celui des « think tanks » néolibéraux. Mais sachons aller au-delà des mots et édifier ensemble une véritable démocratie où chacun-e ait son mot à dire. Avenir Suisse, laisse-moi inventer et écrire le mien !
Liliane Maury Pasquier, conseillère aux Etats



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