Dans le mot «design», dont le marché use et surabuse en ce moment, il y a quelque part celui de «dessein», autrement dit de but poursuivi. Dans le cas du design actuel, ce dernier reste finalement assez simple. Il s’agit si possible de vendre, après avoir séduit.
Le dernier produit à la mode en Suède peut cependant paraître insolite. Il s’agit d’une nouvelle literie, vendue à des prix musclés. Seulement voilà! Avec l’attrait de plus évident que suscite ce que les Américains appellent le «low», les housses de couettes, les draps ou les taies d’oreiller ressemblent aux couvertures et aux cartons utilisés, bien malgré eux, par les sans-abri. L’agence néerlandaise Snurk a dessiné tout ça. Le réalisme se révèle à ce qu’il paraît saisissant.
Eh bien, la chose se vend comme des petits pains, ou plutôt comme des miettes qui se seraient égaillées sur le trottoir! Les magasins Nordiska Kompaniet se frottent les mains. «Le produit marche très bien. Nous n’en avons presque plus en rayon.» Le marketing s’est donc révélé exact. Il y a du clochard qui sommeille en chacun de nous.
Evidemment, tout cela ne fait pas plaisir à chacun! Les associations de défense des SDF sont donc montées au créneau. «On ne doit pas banaliser la misère.» Une banalité qui a pourtant son prix. La couette, modèle «Le Clochard», coûte tout de même l’équivalent de 100 francs. «Les nantis détournent et ridiculisent les problèmes des gens», soutient Yvonne Borg, de la Mission municipale de Stockholm, qui vient en aide à ceux qui n’ont pas de toit.
A cela, on pourra rétorquer que la pauvreté a toujours fasciné les gens riches. Les Espagnols de haut rang, qui mettaient sur leurs murs des tableaux de Murillo représentant des enfants mendiants, en fournissent la preuve au XVIIe siècle. Plus près de nous, les premières toiles de Bernard Buffet ont fait un malheur avec le malheur des autres. Il y a aussi là une fausse volonté d’ouverture d’esprit chez les acquéreurs. Si l’on supporte d’avoir une chose pareille sous les yeux, c’est qu’on est forcément une personne bien.
Nordiska Kompaniet se défend. Socialement. «Les bénéfices sur ce produit (qui doivent être coquets, NDLR) se voient reversés aux jeunes SDF.» Mais cela ne suffira pas à faire taire la polémique. Les gens ont aujourd’hui un besoin viscéral de contestation. Et je ne vous dis pas à quel point les journalistes s’en montrent friands. Ils vendraient leur mère pour créer une polémique. Notez qu’en agissant de la sorte, ils le feraient sûrement. Une maman vendue, voilà qui est vendeur!




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