On a beau être dans une époque où prime le jeunisme à tous crins. Nous situer en un temps où les adolescents, qui auront pourtant bien de la peine à entrer dans une carrière professionnelle, peuvent jouer les petits rois. Les vieux (osons les appeler par leur nom) font encore recette lorsqu’il s’agit de sagesse. Un peu de régression fait parfois du bien. Nous voici du coup ramenés dans la Grèce antique ou dans l’Afrique ancestrale.
Le photographe Chacho Puebla met ainsi en scène sa grand-tante Sophia Petrillo. Une dame qui affiche visiblement un âge ne se voyant pourtant pas divulgué. Elle a le cheveu blanc et des cernes si profonds qu’on se demande parfois quelle couleur ont les yeux au dessus. Bref. Cette Sophia-là accepte mieux les injures du temps qu’une certaine Loren, qui arrive à avoir l’air un peu plus jeune chaque année.
Vous l’aurez compris. Sophia Petrillo donne des conseils. L’ancêtre sévit là où on l’attendait le moins. Il s’agissait de créer un décalage. Elle parle donc d’internet et de réseaux sociaux. Vous savez. Ces choses virtuelles qui nous empêchent précisément de développer une vie privée réelle. «J’ai voulu rester entre tendresse et humour», explique l’artiste. «Je veux aussi montrer qu’on ne se laisse pas fatalement dépasser par son époque.»
Sophia pose donc avec des pancartes dotées d’un texte. Les quelques mots apposés ne cassent pas des briques. Disons plutôt qu’ils enfoncent des portes ouvertes. «Fermez Facebook en quittant l’ordinateur si vous ne voulez pas de problèmes.» «Peu importe ce qu’ils disent, vos enfants (et a fortiori vos petits enfants NDLR) ne seront jamais vos amis sur un réseau social.» On voit que l’ordre du monde, pour autant qu’il en possède encore un, ne se verra pas renversé.
L’étonnant, finalement, c’est que ça marche. S’il existe un Grandmother Tips vol 2, c’est que le 1 a connu une certaine audience. Mais après tout Sacha Goldberger était parvenu à faire une (mini) star de sa Mamika. Et on se souvient encore du succès des Mamies Nova, qui doivent aujourd’hui être des dames tutoyant le siècle. Il est vrai que ces dernières vantaient de pseudo-produits à l’ancienne. C’était un peu la version française des «tortellinis della nonna», produits de manière quasi industrielle dans des restaurants italiens où sévissent des cuisiniers asiatiques.
Mais qu’importe! Il reste parfois bon de se donner l’illusion de racines. De liens avec le passé. De patrimoine, génétique ou non. Les mémés ont un bel avenir, d’autant plus qu’il s’agit là d’un produit indéfiniment renouvelable. Tout le monde vieillit!




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