Il y a une bonne vingtaine d’années qu’il n’y a plus de chômeurs, et par conséquent de chômeuses. L’Occident ne connaît plus que des demandeurs (et demandeuses) d’emploi. La chose participe du «think positive» des Américains. Il faut dire que des chômeurs, dans les années 1960 et 1970, il ne s’en comptait pas beaucoup. Les quotidiens romands faisaient un article lorsqu’il y avait deux ou trois licenciements du côté de Schaffhouse ou de Coire.
Il y a belle lurette que ce n’est plus le cas. On invite donc partout en Occident les travailleurs à se recycler. Il s’agit de se montrer souple. D’avoir l’échine souple, surtout. Du travail, on sait bien qu’il n’y en a plus pour tout le monde.
Jusqu’où faut-il aller? Une petite histoire, pour une fois française (je parle très souvent de l’Angleterre), illustre la question. Danielle est éducatrice spécialisée. Elle se retrouve sans poste depuis un an. La dame a un âge que l’on qualifie désormais de critique. Elle vient de fêter, si l’on ose dire, ses 53 ans. Or la vie s’arrête à 50 ans. La vie professionnelle s’entend. Pour les professions de pointe (mais éducatrice n’en constitue pas une), on parle même de 45.
Danielle s’est donc déclarée ouverte à d’autres offres. Elle a cependant fait grise mine à une proposition que lui a envoyée Pôle Emploi. Il s’agissait d’une annonce un peu particulière. «Recherche strip-teaseuse, 12 euros de l’heure. Au sein d’un établissement privé vous interprétez des œuvres chorégraphiques avec des techniques classiques du strip-tease topless, du mercredi au samedi. Horaires: de 21 heures à 5 heures du matin.»
La dame a très mal pris la chose. Elle a accusé Pôle Emploi de manquer de déontologie (un mot très à la mode, sans doute parce qu’il ne recouvre plus grand-chose). «S’ils vous proposent de vous foutre à poil pour gagner votre vie, où est la limite?» Notons que Danielle n’a fait aucune allusion au salaire, qui semble pour le moins modeste. Aurait-elle vu les choses différemment à 120 euros de l’heure? Elle n’a pas abordé non plus le problème de son âge. Cinquante-trois ans, c’est un peu tard pour des débuts dans le topless.
Pôle Emploi se défend donc. Danielle a mal ciblé sa demande, Elle n’aurait pas dû demander à recevoir toutes les propositions situées à moins de trente kilomètres de chez elle. «Si elle modifie ses critères de recherche, elle ne recevra plus d’offre aussi éloignée de son métier d’éducatrice.» Notez que l’agence défend par ailleurs la proposition, qualifiée de «sérieuse». «Danser est un métier à part entière.» Une manière ici de voir les choses... Ne parle-t-on pas aussi, dans un genre bien sûr, de «plus vieux métier du monde»?
Il est vrai que, comme l’aurait dit ma grand-mère: «Il n’y a pas de sot métier.»




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