Je l’ai souvent constaté. Je l’ai souvent dit. Les Anglais ont le pompon pour les études scientifiques sinon idiotes, du moins inutiles. Elles sont presque toujours menées par des universitaires de haut vol. On ne sait combien ces drôles d’oiseaux sont payés pour ça. Mais la chose tient du subventionnement, pour ne pas dire de la bienfaisance. Un enfant de dix ans, récompensé en sucettes ou en gadgets japonais, arriverait probablement au même résultat.
Le dernier sondage du genre se révèle particulièrement tarte. Disons plus gentiment qu’il enfonce des portes ouvertes. Il s’agissait de prouver (scientifiquement, bien sûr) que les hommes se laissent facilement amadouer par de jolies filles. La chose a paru dans le «British Journal of Psychology». On peut imaginer que cette savante revue, comme tout organe de presse, doit aujourd’hui «booster» ses ventes. Or comment mieux le faire qu’avec un article grand public? Ce dernier n’aura pas à se bousculer les neurones, tout en bénéficiant d’une aura nouvelle.
Comment les chercheurs ont-ils procédé? Très simple. Ils ont amené 65 hommes et 65 femmes à procéder à un jeu de donations. Chacun pouvait faire anonymement cadeau à une organisation fictive certes, mais bien sûr caritative. On n’a jamais été aussi caritatif que de nos jours. Les participants, âgés de 21 ans (pourquoi 21 ans, mystère) étaient observés par un homme et une femme très séduisants.
Eh bien les garçons donnaient bien davantage lorsqu’ils étaient vus par une femme supposée séduisante. Ils misaient clairement pour elle. Une seconde expérience, pratiquée cette fois en groupe, a prouvé que la mise n’augmentait pas quand les hommes se retrouvaient en concurrence. Le docteur Iredale, car il y a bien sûr là docteur sous roche (pourquoi laisser sous la roche les seules anguilles?) en déduit que le don amène en fait l’espoir d’une relation. «Une bonne action serait l’équivalent de la queue du paon.» On voit que le bon docteur se permet des images audacieuses, qui risquent de devenir explicites.
Cette histoire sans intérêt amène plusieurs remarques qui, je l’espère, ne sont pas dénuées de sens. D’abord, la dépêche ne parle absolument pas des dons faits par les femmes regardées par un bel homme. Sexisme évident, mais dans le sens du politiquement correct. Ensuite, qu’est-ce qu’une belle femme? Les avis ont-ils encore le droit de diverger, ou s’agit-il des obligatoires top-modèles, actrices de séries américaines, miss ou autres produits aussi aseptisés que standardisés? Il y a des moments où l’on se demande quel serait l’impact, dans un tel jeu, d’une somptueuse créature fellinienne.




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