Les gens veulent toujours le beurre, l’argent du beurre et la crémière par-dessus le marché. Ainsi en va-t-il des lieux de vie adoptés. La ville devrait offrir le calme de la campagne, alors que celle-ci aurait intérêt à posséder tous les agréments de la ville. Cela reste impossible, bien sûr, mais on ne peut pas empêcher les gens de rêver.
Ce qui gêne beaucoup les citadins installés parmi les champs, c’est le bruit. Sont-ils dans un village? Les cloches de l’église les gênent, en attendant que ce soit l’appel du muezzin. En pleine nature, ce sont les cloches de vaches. On ne compte plus les affaires où d’honnêtes citoyens (ils sont toujours honnêtes dans ces cas-là) ont demandé leur retrait pour mieux dormir. Et il y a les aboiements de chien!
A Sainte-Foy-la-Grande (le nom semble presque trop beau pour être vrai), le maire vient ainsi de prendre une décision historique. Depuis le 23 janvier, il est interdit aux cadors, soient-ils de garde ou d’agrément, d’aboyer. Il faut dire que cette minuscule commune de Gironde (51 hectares à peine) vivait depuis quelques mois une guerre picrocholine. Les parisiens venus dans cet endroit du Sud ne supportaient plus la voix des chiens. Ils préféraient sans doute (je fais ici allusion aux disques de cette marque) la voix de son maître.
Il fallait faire quelque chose. Robert Provain l’a donc fait. Plusieurs Foyens avaient porté plainte au commissariat. Le propriétaire d’une véritable meute se retrouvait visé. «Nous avons convoqué plusieurs fois cette personne à la mairie», explique l’élu. «Cette personne possède des chiens attachés de manière trop courte à une niche délabrée. La cour est couverte de leurs excréments.» Le voisinage est furieux. Il n’a apparemment pas pensé à appeler la SPA.
Le Foyen incriminé est en effet sans doute coupable de maltraitance. Un crime qui passe aujourd’hui difficilement. Les chiens attendrissent en général davantage que les humains. Quand ils se taisent, il est vrai. «Ces animaux ont droit à leur compte d’affection», explique le maire. Pour l’instant, ce sera d’autres comptes qu’il s’agit. Le contrevenant, puisqu’il l’est depuis le 23 janvier, devra régler 68 euros d’amende. «Cette peine financière le fera peut-être réfléchir à la gravité de la situation.»
Notons au passage que la dépêche que je vous raconte en long, en large et en travers parle d’«amande». Un lapsus intéressant. Les amandes se révèlent souvent amères.




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