Un budget de vingt-cinq millions d’euros, un casting d’enfer pour les amateurs du genre, quelque mille salles squattées en France, la cause est entendue. Le film qui va cartonner cette semaine, c’est La vérite si je mens 3. Infiniment regrettable, mais c’est comme ça. Inutile donc d’en faire des tonnes, je vous en dirai juste quelque mots en fin de chronique. Car il y a beaucoup mieux à se mettre sous la rétine pour les amoureux du septième art. A commencer par Take Shelter.
Jeff Nichols nous raconte l’étonnante histoire de Curtis, qui mène une vie paisible entre sa femme et a fille. Soudain il est en proie à d’horribles cauchemars la nuit, tandis que des visions apocalyptiques envahissent son esprit à n’importe quel moment de la journée, le conduisant à des comportements aussi fous qu’inexplicables, nuisant à la vie de la petite famille.
Car tout à coup, se mettre à l’abri pour échapper à de monstrueuses tornades imaginaires devient l’unique obsession de cet homme de 35 ans, dont rien ne laissait supposer les peurs paniques qui s’emparent de lui.
Prémonitions, désordre psychologique, délire paranoïaque, névroses, Jeff Nichols nous laisse superbement dans le bleu en naviguant entre plusieurs genres, drame, horreur, fantastique. Michael Shannon, carrément habité par le rôle et une mise en scène efficace contribuent à la très grande réussite de ce thriller à la fois allégorique et anxiogène.
Corpo Celeste: retour en Calabre
La jeune Marta, 13 ans, revient dans sa vie natale de Calabre après dix ans passés en Suisse et s'y sent complètement étrangère. Alors qu’elle doit faire sa communion, elle va tenter de s’intégrer grâce au catéchisme.
Avec son premier film, une coproduction italo-suisse, Alice Rorhwacher se penche ainsi sur le passage de l’enfance à l’âge adulte de cette ado au sein d’un environnement radicalement différent de qu’elle a connu jusqu’ici. Sauf qu’on ne sait pas trop ce qu’elle a vécu, la réalisatrice évoquant, à de réitérées reprises, d'éventuelles différences avec l’Helvétie dont elle ne fait rien.
Reste que tout en scrutant l’âme de Marta et les tourments qui la perturbent, l’auteur montre également bien l’omniprésence de la religion, pour ne pas dire la bondieuserie, qui pèse lourdement sur le quotidien de la communauté dans cette partie du pays. Mais il faut avoir la foi...
Happy, Happy, la vie est belle
Habitants du sud de la Norvège, les Happy Christians sont connus pour leur façon extrêment positive de considérer l'existence. Ils sont hypersouriants et mégaheureux quoi qu’il arrive et quoi qu’il en coûte. C’est la philosophie que pratique Kaia, jusqu’au jour où un couple danois vient s’installer dans le voisinage et qu’elle découvre le côté négatif de l’existence. Elle n’influencera pas moins le comportement de son entourage
Signée par Anne Sewitsky, cette joyeuse comédie de mœurs atypique vire à la conclusion conventionnelle. Happy, Happy fonctionne surtout grâce à l’énergie de son actrice principale, Agnès Kittelsen.
La réconciliation ou le miracle de Mandela
Considéré comme un terroriste par le pouvoir blanc sud-africain et emprisonné pendant 27 ans, Nelson Mandela, devenu président en 1994 entame, au lendemain de son élection, le processus de démantèlement du régime d’apartheid et, partant, de réconciliation entre Noirs et Blancs.
Didactique, édifiant et nécessaire, livrant un message humaniste, le film du critique Michael-Henry Wilson revient sur les événements que les Africains du Sud ont appelés le miracle de Mandela. Entre documents des années 60 et scènes de procès, le cinéaste qui travaillait en parallèle et dans l’ombre de son ami Clint Eastwood, insère des images du tournage d’Invictus.
A grande portée politique, l’excellent opus eastwoodien narrant la fantastique épopée des Springboks vainqueurs de la Coupe du monde de rugby en 1995, montre notamment en quoi le sport peut être unificateur. Facteur d’opposition entre les Noirs amateurs de football et les Blancs férus de rugby, il est devenu un moment unique de construction de la Rainbow Nation. Et cela grâce au génie politique de Mandela.
La vérité si je mens 3
Dix ans après, la fine équipe, toujours aussi soudée et solidaire, a quitté le Sentier délabré pour la prospère banlieue d’Aubervilliers, où s’épanouissent de vigoureux et dynamiques grossistes chinois. Tout va bien jusqu’à l’inévitable grain de sable en forme d’infâme trahison. Ce qui nous vaut notamment une virée grotesque dans l’empire du milieu, avec à la clé un pathétique choc des cultures.
Il faut dire qu’entre Gilbert Melki, José Garcia, Bruno Solo, Richard Anconina, Vincent Elbaz ou Enrico Macias, j’oublie les filles par charité chrétienne, j'avais les pires craintes. Elles se sont avérées. Cette troisième resucée de Thomas Gilou est caricaturale, pas drôle, pleine de clichés et trop longue.
Films à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 1er février.




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