La Première Guerre mondiale racontée du point de vue d’un cheval et ses aventures extraordinaires, il fallait être Steven Spielberg pour s’y risquer. Après Tintin et sa débauche d’effets spéciaux, le cinéaste a opté pour une réalisation à l’ancienne avec Cheval de guerre, l’histoire d’une amitié à la fois exceptionnelle et universelle entre Albert (Jeremy Irvine), un jeune garçon du nord de l’Angleterre et un demi-sang miraculeux nommé Joey.
Vendu à la cavalerie britannique au début du conflit, le quadrupède est directement envoyé au front. Il est capturé par les Allemands qui vont s’en servir au combat. Entretemps il croise la route d’un paysan français et de sa petite fille. Quant à Albert il n’a de cesse de s’engager pour espérer retrouver son ami.
Steven Spielberg a adapté le roman éponyme de Michael Morpurgo, publiée n 1982, pour livrer une fresque épique pleine d’émotion de près de 2h30, où il laisse libre cours à ses talents de conteur. Et nous fait comprendre l’horreur d’une guerre dont Joey, animal noble et fier est le héros, au travers de séquences que l’absence de complaisants bains de sang ne rendent pas moins terribles.
Un grand spectacle destiné à un jeune public que pimentent, dans sa deuxième partie, quelques formidables scènes. Comme celle où le courageux Joey ploie sous le poids du canon qu’il doit tirer au péril de sa vie. Et surtout cette chevauchée fantastique, où il galope follement à travers les tranchées, arrachant et emmenant avec lui les barbelés dans lesquels il finit par dangereusement s’entortiller.
Des bémols toutefois dans l’étalage de bons sentiments, d’une naïveté certes assumée mais quand même, et d’images d’Epinal qui font doucement sourire. Sans oublier, comme le cinéaste fait parler tous ses acteurs en anglais, l’improbable accent de Niels Arestrup, looké fermier d’opérette en velours côtelé pour l’occasion.
Albert Nobbs , un bien curieux majordome
Pour réussir à gravir les échelons sociaux dans une Irlande de la fin du dix-neuvième siècle dominée par les hommes, une femme a décidé de se déguiser en homme. Et devient Albert Nobbs, qui a réussi à faire sa place en tant que maître d’hôtel impeccable, pointilleux, efficace, discret et renfemé. Avec ses petites économies patiemment accumulées, elle imagine pouvoir ouvrir un magasin de tabac. Mais son rêve se heurte à la triste réalité du quotidien.
Basé sur un roman de George Moore, le film de Rodrigo Garcia, qui se déroule presque exclusivement dans un grand hôtel de Dublin, a vu le jour grâce à l’opiniâtreté de Glenn Close qui voulait absolument incarner ce personnage qu’elle avait joué au théâtre il y a trente ans. Il lui vaut, tout comme Margaret Thatcher à Meryl Streep, d’être nominée aux Oscars.
Coscénariste, la comédienne est tout simplement géniale dans le rôle de ce majordome autour duquel gravitent plusieurs personnages. Comme Helen (Mia Wasikowska), une jolie femme de chambre ambitieuse en qui Albert pense trouver une partenaire, Joe (Aaron Johnson), son petit ami, un voyou marqué par une enfance difficile qui l’encourage à fréquenter Albert pour en tirer profit. Ou encore Hubert, un peintre également de sexe féminin (Janet McTeer), qui lui laisse entrevoir un possible retour à la normale.
Albert Nobbs est un film féministe fort, subtil, une tragédie qui ne manque pas d’humour et qui a beaucoup à dire. Pas seulement sur la condition des femmes à cette époque, mais aussi sur des gens qui risquent de perdre leur travail d’un jour à l’autre et retrouver à la rue. Des questions qui restent douloureusement d’actualité.
Elles nous laissent perplexes
Anne (Juliette Binoche), journaliste et mère de famille bourgeoise quadra, travaille pour un magazine féminin. Elle fait un reportage en vue d’un article sur la prostitution d’étudiantes qui se vendent pour acheter sans compter ce dont elles ont envie, et se concentre plus particulièrement sur deux call-girls décomplexées, incarnées par Anaïs Demoustier et Joanna Kulig.
Son enquête de terrain sur cette prostitution d’un nouveau genre, jeune et décontractée finit par avoir une influence sur Anne. Titillée par l’amoralisme ambiant, elle réalise l’absence de désir dans son couple et redécouvre sa propre sexualité. Ce film aux allures de documentaire, genre dont vient la réalisatrice polonaise Malgorzata Szumowska, signant là son premier long-métrage de fiction en français, mise à l’évidence sur la provocation.
Tout est dit et montré qu’il s’agisse de tarifs ou d’entente préalable sur des pratiques sexuelles, avec scènes parfois crues à l’appui. De surcroît Malgorzata Szumowska n’est tendre avec personne, à commencer par les clients des deux filles, quinquas le plus souvent abjects et veules. Julie Binoche n’est pas gâtée non plus, lorsqu’elle traîne dans son super appartement en pyjama et sans maquillage.
Malgré tout, ce film qui veut parler de sexe sans sans tabou ni pudeur, pèche par le manque de crédibilité des protagonistes.
Sécurité rapprochée
Végétant depuis plus d’un an dans un poste sans intérêt à Cape Town, en Afrique du Sud, Matt Weston voit ses aspirations à devenir un véritable agent de la CIA plus que comblées. Le néophypte va en effet connaître une initiation des plus mouvementées, en tombant sur l’ex-star de l’agence, le dangereux Tobin Frost, qui a retourné sa veste et vend maintenant ses renseignements au plus offrant.
Haï pour avoir causé un tort considérable à son pays, l’homme, détenant un nouveau secret, redevient très utile à ses anciens employeurs. Mais il est traqué par une bande de tueurs impitoyables. C’est Denzel Washington, genre manipulateur à la fois cérébral et musclé, qui incarne le redoutable Frost dans ce milieu où évoluent des agents doubles triples, voire davantage.
Malheureusement on se lasse assez vite de ce thriller d’espionnage. Daniel Espinoza propose une mise en scène convenue et un scénario bien trop invraisemblable pour convaincre.




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