Le séisme survenu à Haïti il y a une semaine a suscité une émotion mondiale. Autant que son ampleur, c’est l’immense difficulté à organiser les secours et à acheminer l’aide humanitaire qui provoque une compassion sincère; pourtant, au-delà d’un climat émotionnel entretenu à coup d’images chocs et de superlatifs (« pire crise humanitaire à frapper la planète depuis des décennies », dixit Ban Ki-moon), que restera-t-il de cet apitoiement mondialisé une fois que les caméras occidentales seront rentrées à la maison ?
L’urgence de la situation est telle que la mise en place de moyens extraordinaires de la part de la communauté internationale ne se discute pas. Encore faut-il que la transition entre action humanitaire dans le court terme et reconstruction d’un pays dévasté soit établie de manière cohérente et que l’engagement de la communauté internationale ne faiblisse pas une fois retombée l’émotion médiatique. En renvoyant trop souvent à la fatalité d’un « destin maudit », cette dernière élude pourtant les responsabilités de la situation précaire d’Haïti avant le séisme ; celle-ci est notamment le fait de créanciers amoraux (FMI, Banque mondiale France, Etats-Unis, …) qui exigent toujours le remboursement des intérêts de la dette publique du pays ou de banquiers peu scrupuleux qui ont longtemps renâclé à rendre au gouvernement haïtien les millions déposés dans leurs banques par l’ancien dictateur Duvalier, sans même parler des conséquences bien présentes de siècles de colonialisme.
Dans un tel contexte, comment s’étonner de la faiblesse des infrastructures et de l’ampleur des dégâts provoqués par le tremblement de terre ? S’il s’agit là d’un désastre naturel qui n’est pas évitable en soi, la gravité de ses conséquences relève de la responsabilité politique. A l’heure où la communauté internationale est comme paralysée dans son action contre les changements climatiques, le cas d’Haïti doit nous faire réfléchir sur le prix à payer – en vies humaines surtout – faute d’agir à titre préventif.
Lorsque l’émotion médiatique sera retombée, n’oublions pas Haïti et la nécessité d’une véritable mission de solidarité qui place en son centre la souveraineté du pays et de sa population ! Sans quoi le sort de cette dernière sera le même que pour les innombrables victimes de la pauvreté, des conflits, du sida ou d’autres catastrophes silencieuses à travers le monde: l’oubli que nous impose la « mode » médiatique est synonyme de mort.




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