Vous pensiez que tout opposait les enfants et les chiens ? Que les crottes et crocs des seconds indisposaient les premiers, voire pire dans certains cas tragiques ? Que les seconds remplaçaient avantageusement les premiers, se prêtant autant aux câlins et aux petits tricots maison, mais, eux au moins, acceptant la laisse et s’abstenant de répondre quand on leur parle ?
Et bien, figurez-vous que Nestor, Flore et Médor ont plus d’un point commun. Le premier, c’est qu’ils sont susceptibles de représenter un danger. Pour les molosses, c’est évident, et des cas graves ont d’ailleurs conduit les Genevois-es à bannir certaines races de chiens. Les enfants, eux, ne sont pas dangereux en soi, mais ils véhiculent un danger, un vrai danger de pauvreté. En Suisse, près d’une famille nombreuse ou monoparentale sur quatre l’a appris à ses dépens.
Partant, le Conseil des Etats a finalement suivi le Conseil national et décidé, cette session, d’entrer en matière sur un projet visant à octroyer, dans toute la Suisse, des allocations familiales pour les enfants d’indépendant-e-s. Une initiative parlementaire demandait en effet de concrétiser jusqu’au bout le principe « un enfant = une allocation » (lire chronique du 3 mars). La veille, le même Conseil adoptait une loi fédérale sur les chiens. Enfants et chiens, c’est là leur second point commun, ont désormais un destin fédéral : ce qui vaut pour les canins doit bien valoir pour les bambins, tous les bambins.
Cela dit, si cette harmonisation des allocations familiales se fait dans le bon sens, ce n’est pas le cas de celle des mesures sur les chiens. Le Conseil des Etats a en effet décidé de museler les cantons, en supprimant la possibilité d’édicter des dispositions plus sévères en matière de chiens dangereux, plus sévères qu’une loi fédérale qui manque pour le moins de mordant. Et ce, malgré les revendications d’un canton comme Genève, où les morsures annoncées ont pourtant diminué de moitié avec la nouvelle loi. Quand les cantons aboient, la caravane fédérale passe… La loi fédérale sur les allocations familiales évite quant à elle cet écueil puisqu’elle permet d’ores et déjà aux cantons qui le désirent d’aller plus loin, se contentant de fixer un minimum, dans lequel les indépendant-e-s doivent avoir leur place.
La leçon de ces déboires fédéralistes : le Parlement est prêt à abolir les distinctions entre enfants, mais il l’est beaucoup moins à en établir entre chiens. Pourtant, c’est une des – nombreuses – différences qui subsiste entre enfants et chiens : contrairement aux seconds, les premiers ne se divisent pas en différentes espèces.




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