Chambre à part - Être femmes et pleinement mères, nous voulons les deux !

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Décidément, Madame Badinter, votre dernier livre « Le conflit : la femme et la mère » fait beaucoup parler de lui… A mon tour, en tant que sage-femme et politicienne, de réagir à vos propos.

 

 

D’accord avec vous, Madame, l’apologie de la mère parfaite a de quoi décourager certaines. Concilier vies familiale et professionnelle a toujours été une gageure, pour les mères en particulier : en Suisse, dans 80% des familles avec de jeunes enfants, c’est la femme qui assume tâches domestiques et familiales. Une femme qui, comme le dieu Shiva, se doit de posséder plusieurs bras : un bras qui bosse, un bras qui brosse, un bras qui désinfecte les bosses ! Si l’on y ajoute la pression des magazines en faveur des 3P –perfection, polyvalence, poids idéal –  on obtient un aperçu du marathon imposé à la femme moderne. Laquelle est, selon Benoît Groult, « composée d’une épouse aimante, d’une mère de famille qui s’efforce de ne pas transiger sur ses devoirs, d’une intellectuelle qui apprécie les livres et les spectacles, d’une ménagère diligente et d’une sportive très passable. »

 

 

Toujours d’accord avec vous, Madame Badinter, la mode du retour des femmes au foyer, remise au goût du jour par Eva Herman et autres desperate housewives, est un immense retour en arrière dans l’émancipation féminine et un énorme gâchis économique. C’est aussi un risque terrible pour les femmes, à l’heure où un mariage sur deux se solde par un divorce.

 

 

Mais là où je ne vous suis plus, Madame, c’est dans votre stigmatisation de celle que vous nommez « la bonne mère écologique ». Au contraire de ce que vous dites, accoucher à la maison, se méfier des césariennes, materner et allaiter six mois, ce SONT des gestes féministes ! Sans parler du bonus pour la santé de l’enfant, l’accouchement le plus naturel possible est une fantastique occasion d’expérimenter sa force de femme, de s’approprier son corps et d’affirmer son autonomie, au lieu de « se faire accoucher » par un médecin, masculin par-dessus le marché. Bien sûr, pour les cas où c’est nécessaire et pour celles qui le préfèrent, l’accouchement médicalisé est une heureuse alternative : le féminisme, c’est aussi la liberté de choisir pour toutes (et tous) ! Quant à l’allaitement, c’est – toujours pour celles qui le choisissent et en plus de l’aspect « santé » – un plaisir, un plaisir pratique, qui libère au moins autant de temps que l’usage des couches jetables : rien à acheter, stériliser ni préparer !

 

 

Vous le reconnaissez vous-même : l’un des freins puissants au désir d’enfant est l’absence d’une politique familiale coopérative pour les femmes. On le mesure à l’écart de natalité entre la France et la Suisse, pays qui ne connaissent de loin pas la même politique familiale : en soi, la « bonne maternité écologique » n’éloigne donc pas les femmes du marché du travail, c’est ce que la société en fait qui est déterminant.
Pour permettre aux femmes d’être pleinement mères, de la manière qu’ELLES souhaitent, à nous de changer cette société et de généraliser, entre autres, les congés paternité et les crèches d’entreprise ! Le féminisme ne saurait se résumer au biberon obligatoire pour cause de société machiste : même s’il y a encore à lutter, être femmes et pleinement mères, nous voulons les deux !

 

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La chronique à quatre mains de Maria Roth-Bernasconi et Liliane Maury Pasquier

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L'interview de Liliane Maury Pasquier

 

Quelle femme n’aimeriez-vous pas avoir à serrer dans vos bras?

 Margareth Thatcher.

 

Quel homme n’aimeriez-vous pas avoir à serrer dans vos bras?

Christoph Blocher.

 

Le plus grand préjugé sur les femmes?

Qu’elles sont forcément moins compétentes que les hommes.

 

Le plus grand préjugé sur les hommes?

Qu’ils sont forcément plus compétents que les femmes.

 

Devise préférée?

« Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous. » (Montesquieu)

 

Trois choses que vous ne savez pas faire (et qui vous handicapent)?

Réparer mon vélo, anticiper, voir sans lunettes.

 

Vos prochaines vacances?

Une escapade à deux en France, après les élections.

 

Vous avez une machine à remonter le temps. Vous allez où et quand ? 

 A la Renaissance, au 16e siècle, pour retrouver le foisonnement créatif si bien rendu dans les livres d’Anne Cunéo (Le Trajet d’une rivière, Objets de splendeur, Un monde de mots).

 

Si vous étiez un objet?

Un livre (ouvert, bien sûr!).

 

Votre péché mignon?

Une bonne tablette de chocolat extra-noir avec des éclats de caramel salé.

 

Le don de la nature que vous voudriez avoir?

De bons yeux, tu sais (j'aurais aimé ne pas devoir porter des lunettes depuis l’âge de 4 ans!).

 

Vous avez le droit d’inviter trois personnages illustres et disparus à votre table ce soir. Qui seraient-ils?

Martin Luther King, Simone de Beauvoir et Montaigne.

 

Un truc que vous adorez faire mais dont vous avez un peu honte…

 Passer une journée en pyjama.

 

Votre lecture en ce moment?

Divers quotidiens, hebdomadaires et autres rapports!

 

Trois choses que vous aimeriez apprendre?

Parler l’espagnol, perfectionner mes danses bretonnes, cuisiner plein de nouvelles recettes.

 

Vous êtes Suisse, adorez Genève, mais trois autres lieux où vous pourriez habiter?

En Bretagne, à Montréal, en Suède.

 

Qu’est-ce que la vie a fait de vous?

Votre voix au Conseil des Etats! 

 

 

L'interview de Maria Roth-Bernasconi

Quelle femme n’aimeriez-vous pas avoir à serrer dans vos bras? 

La femme de Kadhafi.

 

Quel homme n’aimeriez-vous pas avoir à serrer dans vos bras? 

Outre évidemment Kadhafi, Christophe Mörgeli, un affreux UDC suisse

 

Le plus grand préjugé sur les femmes? 

Qu’elles sont émotives plutôt que rationnelles.

 

Le plus grand préjugé sur les hommes? 

Qu’ils sont forts et ont tous envie de faire carrière sans tenir compte de leur vie familiale.

 

Devise préférée? 

« C’est en croyant aux roses qu’on les fait éclore » (Anatole France).

 

Trois choses que vous ne savez pas faire (et qui vous handicapent)?

 Réparer des prises électriques, lire des documents et écouter de la musique en même temps, lire les plans de réseaux et les affichages des Transports publics genevois (c’est écrit beaucoup trop petit et j’ai une mauvais vue!).

 

Vos prochaines vacances?

 Le 24 octobre (lendemain des élections fédérales): mon mari m’invite quelques jours en Alsace.

 

Vous avez une machine à remonter le temps. Vous allez où et quand ? 

A la fin des années 1970, après 1971 (date du droit de vote et d’éligibilité des femmes en Suisse!). Les années peace and love...

 

Si vous étiez un objet? 

Une rose, avec ses épines (forcément, je suis socialiste !).

 

Votre péché mignon? 

Le chocolat.

 

Le don de la nature que vous voudriez avoir? 

Une voix fantastique (j’aime chanter et rêve de chanter l’Ave Maria de Schubert, qui me touche énormément).

 

Vous avez le droit d’inviter trois personnages illustres et disparus à votre table ce soir. Qui seraient-ils? 

Rosa Luxemburg, Gandhi et Martin Luther King.

 

Un truc que vous adorez faire mais dont vous avez un peu honte…

 Jouer au solitaire sur mon smartphone, dans le train, le bus ou le tram.

 

Votre lecture en ce moment?

La terre des mensonges, d’Anne B. Radge, un roman norvégien à l’humour grinçant.

 

Trois choses que vous aimeriez apprendre? 

Ne plus du tout me laisser atteindre par les bêtises ou méchancetés d'un adversaire politique, dessiner des caricatures de mes collègues. Et chanter, chanter, chanter…

 

Vous êtes Suisse, adorez Genève, mais trois autres lieux où vous pourriez habiter? 

En Provence, car il y fait beau, chaud et la lumière est magnifique. A Paris, l'une des plus belles villes du monde. Et à Lucerne, où vit le reste de ma famille.

 

Qu’est-ce que la vie a fait de vous? 

Une femme heureuse de pouvoir faire ce qui la passionne, et entourée d'une famille qui l'aime en toute circonstance.