Je la vois. Par la fente. Au sommet d’une pile de factures et de publicités. Une carte postale ! Ecrite à la main. Adressée à mon nom. Ça faisait longtemps... Je n’ai pas mon trousseau de clés sur moi mais je veux savoir qui, quoi, d’où. Tout de suite. Mon impatience gargouille.
Je monte sur la pointe des pieds, je glisse la main dans cette fente de boîte à lettres, j’allonge les doigts qui courent sur le courrier pour le rapprocher, je me tords le poignet, me râpe le dos de la main, coince in extremis le joli bout de carton entre majeur et index et, délicatement, lentement, amoureusement, passionnément, je le sors.
Et le rejette immédiatement dans la boîte !
Si l’écriture ronde et alambiquée du verso a aiguisé ma curiosité, la tête de l’inconnu cravaté, rougeaud et dégarni, au recto, la tarit. Je soupçonne ce prétendant loufoque d’un envoi groupé, par millier. Le coureur, le salaud ! Mon intuition me dit que son seul dessein est que je lui donne ma voix sans avoir envie de l’entendre.
Non, non, c’est sûr, je ne suis pas l’élue de son cœur.
Mais lui non plus !
Mélanie Richoz, Le Blog




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