La 1ere femme doyen de l'école des HEC est passée des Lettres aux chiffres
PORTRAIT | 06:00 Suzanne de Treville a fait un doctorat à la Harvard Business School après avoir étudié la littérature. Elle est maintenant responsable de la stratégie des HEC à l'Université de Lausanne.
Sandra Weber | 04-05-2007 | 06:00
Accueillante et décontractée, Suzanne de Treville propose un thé. Mais elle ne le sert pas dans n'importe quelle tasse: celle du Championnat international des jeux mathématiques et logiques. Un des projets que la première femme doyen de l'école des Hautes Etudes Commerciales (HEC) de l'Université de Lausanne a initiés.
Cette Américaine de 52 ans est une femme d'action qui n'aime pas perdre son temps. Entrée à l'Université à l'âge de 16 ans «j'avais les capacités, j'ai toujours tout fait rapidement» - elle choisit les Lettres. Ce n'est qu'en deuxième année qu'elle se découvre un don pour les mathématiques.
«J'ai alors pris cette branche comme 2e option, raconte-t-elle. J'ai ensuite découvert que je pouvais suivre un cours de management, que j'ai entamé à 19 ans. Mes parents étaient un peu secoués (ndrl: elle fait une mimique). Mon père m'a déconseillé parce que ce n'était à son avis pas assez féminin. Maintenant, on en rigole!» Et elle rit elle aussi. Mais cette aise ne fait pas oublier l'essentiel: c'est l'excellence que vise Suzanne de Treville. Un doctorat en Business Administration de la Harvard Business School couronnera ses études en 1987.
"J'ai fait quelque chose de tout à fait féminin"
«Et là, j'ai fait quelque chose de tout à fait féminin, dit-elle avec aplomb. Au lieu de me mettre sur le marché du travail, j'ai rejoint mon mari en Finlande. J'ai ouvert ma propre société, spécialisée en formation en management et consulting. Nous avons eu deux enfants. J'avais mon bureau à la maison et quelqu'un m'aidait avec les enfants. C'était un bon compromis.»
Suzanne de Treville a toujours accordé beaucoup d'importance à sa famille, sans que cela ait porté préjudice à sa carrière. «Un des avantages des HEC est son ouverture à des personnes ayant suivi un parcours atypique, constate-t-elle. Je connais des femmes qui ont choisi de ne pas avoir d'enfants pour se consacrer à leur carrière académique à 100%, ou une femme avec une brillante carrière qui a eu plusieurs enfants et deux nourrices. Ce n'était pas ce que je voulais. Je dis souvent, on peut faire tout ce que l'on veut vraiment, pas ce que l'on veut à moitié.»
Doyen et pas doyenne
Dans les années 1990, elle se rapproche du milieu académique pour réaliser des recherches et des projets qui lui tiennent à coeur. Et lorsqu'un poste de professeur assistant se libère à la HEC en 2001, elle obtient la place et réalise de nombreuses publications dans les meilleures revues dans son domaine. Deux ans après sa nomination en tant que professeur ordinaire, elle devient doyen, en septembre 2006.
Mais elle ne veut pas qu'on l'appelle «doyenne». Pour souligner que sa nomination ne doit rien à son genre. «On m'a choisie parce que j'ai une vision stratégique pour l'école, pas parce que je suis une femme. C'est peut-être aussi parce que dans ma langue maternelle, l'anglais, il n'y a pas de féminin pour ce mot. Au féminin, cela donne une autre image et réveille les stéréotypes.»
Le monde des HEC est pourtant de plus en plus féminin, même si un tiers seulement des étudiants sont des étudiantes. «Environ la moitié des professeurs que nous engageons à l'école sont des femmes, souligne Suzanne de Tréville. Mais ce n'est pas un calcul, car nous ne ferions jamais de compromis sur les compétences de nos collaborateurs pour avoir des femmes.»
Suzanne de Treville est responsable d'une centaine de professeurs et de quelques dizaines d'employés administratifs qui s'affairent pour les 1500 étudiants des HEC. «C'est un peu comme gérer une PME», sourit-elle. Parmi ses objectifs, celui de faire rayonner la réputation de l'école à l'étranger. «Je passe beaucoup de temps à essayer de recruter les meilleurs professeurs, raconte-t-elle. Ensuite, il est important de participer à des évènements tels que des conférences internationales pour faire connaître l'école.»
Le doyen affine la stratégie à long terme de l'école: «Nous devons à la fois être proches du tissu économique local et orientés vers le monde. Ce grand écart n'est pas contradictoire. Car il est dans l'intérêt de la Suisse que nous soyons compétitifs sur le plan international.»
Sans doute inspirée par sa propre expérience, Suzanne de Treville tient à fournir aux étudiants en littérature davantage de moyens pour réussir les HEC. «En première année, il y a un taux d'échec d'environ 50%, note-t-elle. Mais cela ne doit pas décourager les gymnasiens qui ont suivi une voie littéraire. J'ai observé pas mal de filles qui croient qu'elles n'ont pas le niveau en maths pour y arriver. Nous sommes en train de faire un grand brainstorming pour trouver des solutions. Par exemple des cours on-line de préparation pour les gymnasiens de 3e année ou des cours d'été. Mon but est que tous ceux qui sont motivés et qui ont les compétences puissent atteindre le niveau.»
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