
Une fois de plus, la concordance des temps ne joue pas en faveur d’UBS. Et c’est un doux euphémisme. Aujourd’hui, à Berne, l’Association suisse des employés de banque va tenir conférence de presse, pour faire connaître et commenter les décisions de la grande banque, concernant ses propositions visant à limiter la vague de licenciements imminente.
«Le 17 mai dernier, affirme ainsi Denise Chervet, la secrétaire centrale du syndicat, nous avons remis nos options alternatives à la direction générale (chômage partiel, réduction volontaire du temps de travail ou échange de compétence). Nous saurons aujourd’hui si elle entre en matière ou non.»
Dans tous les cas de figure, la procédure de consultation sera terminée et les licenciements collectifs pourront commencer. UBS – qui veut réduire ses effectifs en Suisse de 2500 postes – compte sur 1500 départs naturels et devra, de ce fait, «remercier» 1000 personnes. Sacrée épée de Damoclès! Les salariés d’UBS sauront, ces prochains jours, qui peut rester et qui va prendre la porte. Dès lors, si le plan social semble relativement généreux (quatre mois payés pour les plus de 40 ans, cinq pour les cinquagénaires et une demi-année pour les plus de 60 ans), qui pourrait coûter jusqu’à 150 millions de francs à la banque, le climat interne est totalement délétère.
Un gérant de fortune raconte ainsi comment son supérieur l’a mis devant cette alternative: «Soit je parviens rapidement à ramener de l’argent frais et je conserve son poste, soit j’accepte, aujourd’hui, le plan social et je bénéficierai des quatre mois offerts.» S’il choisit la première option et qu’il échoue, il sera, par contre, licencié. Sans indemnité aucune!
Politiciens, bas les pattes!
Or, à l’autre bout de la chaîne, des cadres supérieurs d’UBS aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne se sont déjà vus ou se verront tout prochainement offrir des hausses de salaires fixes pouvant atteindre 50% (lire nos éditions du 18 mai 2009)! Et pour cause. Comme l’a affirmé le président de la banque, Kaspar Villiger, «dans des secteurs importants, nous perdons systématiquement nos meilleurs employés. Nous devons réagir, car nous avons besoin des plus compétents pour sortir de la crise.»
Jusque-là, son constat est exact: UBS a beau avoir fait la majeure partie de ses pertes (quelque 50 milliards de dollars) dans la banque d’affaires, elle n’en conserve pas moins une expertise extrêmement enviée par ses concurrentes américaines. UBS demeure ainsi le leader mondial dans le négoce de devises et occupe la deuxième place mondiale dans le négoce d’actions.
Mais Kaspar Villiger, par ses déclarations, est parvenu à fâcher nombre de parlementaires, y compris à droite. Selon lui, «réglementer les rémunérations serait la plus stupide décision pour un pays comme la Suisse. Nous devons, au contraire, veiller à ce que les profanes de la politique ne fassent pas d’erreurs. Il faut laisser cette question aux professionnels»!
Gros tollé sous la Coupole: le Conseil des Etats va ainsi voter, mercredi, sur une motion visant à plafonner les hauts salaires, chez UBS, au niveau de ceux des hauts fonctionnaires de la Confédération. «Celui qui reçoit une aide publique doit compter avec une intervention de l’Etat, affirme ainsi le sénateur PDC Filippo Lombardi. Or, l’arrogance de Villiger me pousse à voter oui.» Selon Sonntag, dix-huit conseillers aux Etats feraient comme lui, contre quatorze seulement, qui refuseraient un plafonnement.
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