Angot comme personne | Les Quotidiennes

19/11/2008 18:26
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Angot comme personne

CHRONIQUE | 18:16  Laure Adler dit pourquoi elle aime le dernier roman de Christine Angot.




Laure Adler est écrivaine.


Laure Adler | 05-09-2008 | 18:16

Elle écrit. C'est sa raison de vivre. Elle est écrivain. Elle ne fait que cela: écrire. Pour écrire il faut savoir regarder, aimer, prendre de la vie ce qui peut en faire roman, et, surtout, ne pas avoir peur. Christine Angot est de ces écrivains qui font reculer la peur parce qu'elle va loin, très loin dans les zones les plus obscures de l'insu, tout ce que nous savons parfaitement mais que nous nous cachons à nous même.

 

Duras disait que tout le monde pouvait écrire. Personne ne voulait la croire. Dommage. Elle avait raison. Elle disait "tout le monde peut écrire à condition d'aller chercher à l'intérieur du puits noir". Tout le monde n'a pas la force d'aller forer là bas. Angot, oui, elle ne fait que cela depuis une vingtaine d'années en prenant la langue comme moyen d'expression, la langue et son corps aussi, les deux sont toujours étroitement imbriqués.

 

Quand je lis Angot, j'ai l'impression physique d'entendre sa voix, de sentir une présence. C'est sans doute parce qu'elle a une loyauté avec le lecteur, qu'elle met tout sur la table et qu'elle nous embarque dans ses risques: dans Le Marché des amants, elle va encore plus loin dans la prise de risque tant au niveau de la forme-dialogues nombreux, déambulations géographiques, scènes de genre - que dans ses précédents textes. Les magazines people ont évoqué ce livre en... en faisant une histoire de people.

 

Chez Angot les mots ne sont pas là pour décrire une réalité mais pour la comprendre de l'intérieur. Chez Angot ce qui compte c'est la musicalité de
la langue, la construction du récit - ici délicatement architecturé entre plusieurs univers dissemblables mais où la romancière sait tisser de la porosité, le travail sur le temps, la tentative de faire corps avec soi même.

 

Angot emmène ses personnages dans des univers dissemblables et sait, en décrivant une histoire d'amour entre deux êtres qui ne sont pas de la même classe sociale ni de la même race nous faire partager ce qui, par essence, est difficile à communiquer: comment , quand on est avec quelqu'un qui n'est pas comme vous, les autres vous regardent aussi autrement.

 

Le marché des amants est un roman sur le regard: le regard que vous portent les autres, le peu d'amour qu'on éprouve pour soi même, l'abolition de la
notion même de regard quand les corps s'étreignent.

 

Le marché des amants c'est la cartographie de notre société où il n'est pas bon de se promener dans la nuit dans des quartiers quand on est black, où le
soupçon règne, où l'évaluation sociale, raciale, financière agence l'ordre moral.

 

Le marché des amants est un texte sur les corps, l'abandon, la douceur de l'abandon.

 

Le marché des amants s'inscrit dans un genre qui se développe de plus en plus aux Etats Unis grâce à des éditeurs universitaires où l'écrivain femme parle de la jouissance, de la pénétration, naturellement.

 

Le personnage du père, comme souvent chez Angot, est là, tapi dans l'ombre: c'est lui le méchant ogre. C'est lui aussi qui fixe les tarifs de ce livre politique: pour lui un black ça vaut deux fois moins qu'un blanc...

Le marché des amants. Seuil. Collection fiction et cie.


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On peut parler de couleur, pas de race

J'ai frémi lorsque j'ai lu ce passage : "une histoire d'amour entre deux êtres qui ne sont pas de la même classe sociale ni de la même race". Je ne sais pas si le terme de race est celui d'Angot, je ne l'ai pas encore lue. En l'occurence, je me suis demandé si son livre parlait de zoophilie. En lisant plus bas, j'ai compris qu'il s'agissait de couleur de peau, black, blanc (déjà pourquoi black et pas noir? ou alors white aussi, pour l'équité).

Je ne connais qu'une race humaine. Le reste est une affaire de couleurs, de goûts aussi, sans doute. Mais pas de race. Qualifier de race un groupe humain est abusif, c'est du racisme.

Mais je vais lire le dernier Angot.

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