
Alléluia! Angelina Jolie a gagné 27 millions de dollars l’an dernier. C’est peu et c’est beaucoup. Beaucoup par rapport à vous et moi. Rien en regard de certaines fortunes à la taille américaine, même après la crise. Peu aussi par rapport à Harrison Ford, dont la presse aura pourtant infiniment moins parlé que d’Angelina en 2008. Cela roule en effet pour Ford. Soixante-cinq millions!
Angelina n’en reste pas moins la vedette féminine la mieux payée. Elle devance d’un petit million Jennifer Aniston, qui est paraît-il une star chez elle. Meryl Streep se contente de 24 millions, et Jessica Parker de 23. Ce n’est pas le Pérou, bien sûr, mais on doit tout de même pouvoir faire avec. Que voulez-vous? Les temps sont durs pour les actrices.
Car il faut bien l’admettre. Une star féminine pèse chaque année moins lourd face à ses congénères masculins. Ce n’est pas une question de poids, même si Sylvester Stallone ou Arnold Schwarzenegger ont longtemps figuré dans le top 10. Il s’agit de stature. C’est à croire qu’il n’y a plus que des spectatrices et que les spectateurs se sont égarés dans la nature.
Il n’en a pas toujours été ainsi. Au tout début du cinéma, quand il restait encore non seulement muet mais tremblotant, les pionniers américains avaient bien lancé la Vitagraph Girl et la Biograph Girl, du nom de leurs compagnies. Il n’existait ni Vitagraph Boy, ni Biograph Boy. «Vedette», comme le laisse deviner le genre du mot, restait une chose féminine. Il y avait bien Charlot, certes. Mais il s’agissait là d’un cas à part. Charlot mettait Charlot en scène après avoir inventé les histoires de Charlot.
Les années 20 ont un peu rétabli l’équilibre mais, à l’aurore du parlant, Constance Bennett créait la sensation en recevant le plus haut cachet jamais versé à un comédien pour un film complètement oublié: «Bought» (1931). Elle touchait 30 000 dollars par semaine (les salaires demeuraient alors hebdomadaires), à une époque où un dollar constituait déjà une petite somme et où les impôts sur le revenu restaient presque inexistants.
En 1937, Marlène Dietrich pulvérisait ce fragile record. Un producteur anglais lui offrait 450 000 dollars pour un autre long-métrage oublié: «Knight without Armour». On achetait à l’époque un beau bijou chez Tiffany pour 4000 dollars. Vingt-deux ans plus tard, Liz Taylor n’avait plus qu’à demander un million de dollars pour «Cléopâtre», qu’elle n’avait pas envie de faire (et on la comprend). La «star aux yeux violets», pour employer le cliché convenu, ne savait pas que le tournage pharaonique allait s’éterniser, la laissant multimillionnaire à force de rallonges et de pénalités.
Depuis, c’est l’escalade. Mais l’escalade au masculin. Il faut dire que ces dames ont de la peine à durer. Sigourney Waever ou Demi Moore ont valu un moment très cher (1). Passé composé. Aujourd’hui, on peut les avoir en soldes. Sans trop de chirurgie et de Botox, leurs congénères mâles tiennent, eux, la durée (comme disent les fabricants de macaron). Il a quel âge, au fait, Harrison Ford (2)?
(1) La première a touché 11 millions de dollars pour le dernier «Alien» en 1997, la seconde, 12,5 en 1996 pour «Strip-tease».
(2) Soixante-sept ans.
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