
Si l’interminable bataille à laquelle se sont livrés Suisses et Américains à propos de la Coupe de l’America a eu un seul mérite, c’est bien celui d’engendrer deux fabuleux multicoques géants, renvoyant de facto aux oubliettes les gros Class America et leur quille de plomb. Architectes, ingénieurs et marins ont eu carte blanche pour explorer de nouvelles voies, sans limite de budget.
La semaine prochaine, quelqu’un va perdre sur l’eau. Le chemin chaotique jusqu’à ce duel entre Alinghi et BMW Oracle a atteint son point de non-retour. L’espace de quelques jours, on va oublier les arguments vrais ou faux des uns et des autres, les litiges juridiques, pour rêver un peu.
Défaillant, le vieux Deed of Gift, le document fondateur de la Coupe, a permis d’engendrer les machines de course les plus rapides que la Coupe de l’America n’ait jamais imaginées. Deux bateaux issus de la plus haute technologie moderne. L’aile rigide construite par les Américains pour le trimaran dépasse tout ce qu’on a vu jusqu’ici dans le monde de la voile. Et cela vaut le détour.
Beaucoup d’inconnues
A quoi faut-il s’attendre? Gardée évidemment secrète, la stratégie de combat des deux adversaires devrait s’appuyer sur les qualités spécifiques de chaque bateau: un catamaran pour Alinghi et un trimaran pour Oracle. La question de la force du vent et des vagues sera essentielle. Le catamaran a été conçu pour des airs légers. Il est peu probable qu’il tienne la comparaison avec le trimaran américain au-dessus de 12 à 15 nœuds.
Tout va dépendre en premier lieu de la phase de départ. Pour se trouver dans la meilleure position pour filer vers la bouée au vent à 40 km de là, il faudra démontrer des qualités exceptionnelles. Cela exige une synchronisation parfaite de l’équipage et une bonne maîtrise des réactions du bateau qui peut accélérer très vite. La moindre erreur peut coûter une pénalité, lourde de conséquences pour la suite de la course. «Les manœuvres trop agressives sont risquées dans le pré-start», souligne le grand spécialiste Ed Baird, vainqueur de la Coupe en 2007 avec Alinghi.
L’audace de James Spithill
Face au jeune Australien James Spithill, connu pour ses audaces à la barre d’USA 17, Ernesto Bertarelli, Loïck Peyron et bien sûr le tacticien Brad Butterworth auront un rôle capital à jouer pour ne pas se laisser pousser à la faute d’entrée. Surtout que les spécialistes estiment que le catamaran d’Alinghi sera moins maniable que le trimaran d’Oracle dans les virements. De plus, l’aile rigide américaine améliore grandement la rapidité et l’accélération du bateau lors des manœuvres.
Affaire de temps
«Le comité de course ne prendra pas le risque de lancer la course si les prévisions sont incertaines ou dangereuses», souligne Nicolas Grange, membre du comité désigné par la SNG. «Le risque, ajoute le Genevois, c’est que sur un long parcours, les conditions changent totalement en allant vers la bouée au vent. Et lorsque les bateaux ont passé la marque et redescendent en vent arrière vers l’arrivée, on ne peut plus annuler la course.»
Reste à savoir si l’expérience du multicoque dans l’équipage d’Alinghi sera ou non déterminante. «Les Américains devront parfois prendre des options qui sont à l’opposé de ce qu’ils ont l’habitude de faire depuis vingt ans», relève Loïck Peyron.
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